De 1760/1765 à la Révolution de 1789 l'art décoratif francais imite à nouveau l'Art gréco-romain. Ce «retour à l'antique» se produit quinze ans environ, avant la montée sur le trône (1774) du Souverain qui donnera son nom à ce nouveau style.

Matériaux et techniques

La marqueterie, soit à dessins géométriques, soit à dessins floraux, atteint un degré de perfection très remarquable.
L'acajou, cependant, est de plus en plus fréquemment employé :

- soit en panneaux plaqués où l'effet est tiré de la beauté des veines du bois; on distingue des acajous moiré, moucheté, chenillé, ronceux, etc.

- soit en massif pour les bois de siège; cette innovation semble être due au grand ébéniste Georges Jacob (1739-1814).

La Laque d'Extrême-Orient et les vernis français continuent à être utilisés, comme sous Louis XV.
Les plaques de porcelaines sont insérées dans les panneaux des meubles. Elles sont rondes, carrées, rectangulaires. Elles garnissent l'abattant d'un secrétaire ou le dessus d'une table.

Elles sont fabriquées :
- le plus souvent par la Manufacture Royale de Sèvres, sur un fond blanc se détache un décor de guirlandes fleuries, d'animaux, d'attributs de la vie champêtre, etc.
- ou par la Manufacture anglaise Wedgwood; de petits personnages d'une extrême délicatesse se détachent en blanc sur un fond bleu pâle.

Les métaux font leur apparition dans la fabrication du meuble :
- Le fer forgé et doré pour le piétement de sorte de trépieds dits « Athéniennes », imités de l'Antiquité.
- L'acier est employé dans le décor sous la forme de plaques brettées à la ceinture du meuble.
- Le cuivre est utilisé, soit en baguettes pour souligner la forme générale du meuble ou délimiter les panneaux, soit pour constituer des galeries ajourées qui couronnent le sommet des meubles ou entourent le plateau des tables.
- Les bronzes sont d'une facture très soignée, par leur élégance ils adoucissent la sécheresse des structures et la monotonie des placages.

Structure et décors

La structure du meuble devient géométrique et architecturale : la ligne droite, les arêtes vives, les surfaces planes inspirées par la copie de l'art antique sont cependant adoucies par l'habileté de l'ébéniste.

Histoire du meuble

 

Par exemple : on échancre un panneau carré ou rectangulaire et on place une rosace ou une fleurette dans les écoinçons(1).

Sobriété, justesse des proportions, équilibre des masses caractérisent le meuble Louis XVI.
Le décor est envahi par l'arsenal des motifs copiés sur les monuments de l'Antiquité Gréco-Latine :
- Colonne, pilastre(2), cannelures(3),
- denticules(4), triglyphes(5), gouttes,
- grecques(6), postes(7), entrelacs, piastres, rais de coeurs(8), rosaces(9), oves(10), perles,
- griffes et mufle de lion.
La sécheresse de ces ornements est tempérée :
- par le mélange avec les attributs de la vie champêtre : fruits, feuillages, fleurs; instruments de musique ou jardinage, - par des éléments empruntés à l'art du tapissier : noeud de ruban(11), cordelettes, draperies(12), franges, festons(13).

Types de meubles

1 / Les sièges


Les différentes parties du siège sont délimitées très nettement par des assemblages à angles droits et masqués par un cube, appelé dé de raccordement(14).
La variété des sièges est infinie et si longue que la liste ci-dessous n'est pas exhaustive :

a) Le fauteuil à dossier en cabriolet(15) subsiste, mais les consoles d'accotoirs sont situées dans le prolongement des pieds antérieurs. Les piètements, sont droits «à l'antique»(16). La forme «en carquois»(17), est la plus fréquente, c'est-à-dire que les pieds sont constitués par une colonne cannelée verticalement et évasés au sommet. On remplit quelquefois les cannelures, sur un tiers de la hauteur, par des baguettes, on dit alors cannelures «rudentées»(18) Les cannelures peuvent aussi être en spirales(19). L'assemblage qui raccorde le pied à la ceinture est marqué par un dé de raccordement.

b) Le fauteuil à dossier de plan droit, soit carré, soit rectangulaire. Très souvent ce dossier est échancré à sa partie supérieure ou adopte la forme dite en chapeau(20). Ce dernier modèle est une création de l'époque Louis XVI. Les piètements sont identiques au modèle précédent.
 

Histoire du meuble

c) Le fauteuil à dossier en médaillon(21). C'est aussi une création de l'époque. Les piétements sont les mêmes que dans le modèle précédent.

d) Les chaises sont soit à dossier en cabriolet, à dossier droit, soit à dossier en médaillon, du même type que les fauteuils, mais la nouveauté est la chaise à dossier ajouré. La découpe la plus courante est en forme de lyre(22), mais il en existe qui représente soit une corbeille de vannerie, soit une gerbe, soit même une montgolfière (23).
- La Bergère,
- La Marquise,
- Le Canapé,
- Le Fauteuil de bureau,
- Le Fauteuil à coiffer,
- La Voyelle,
- La Duchesse,
- L'Ottomane.

Tout ces sièges continuent à exister, mais le piétement est à l'antique et leur ornementation utilise les motifs gréco-romains
e) Les lits
On distingue deux types principaux :
- Lits à la Française, qui sont des lits de milieu : un chevet unique est adossé au mur d'où retombent des rideaux de différentes formes, à la même dimension que le lit lui-même. Ces lits prennent des appellations très variées : lit d'ange, lit en dôme, à l'impériale, à la duchesse.
- Lits classiques dits, à la Polonaise, qui possèdent deux dossiers et sont surmontés d'un cul de lit beaucoup plus étroits que les précédents.
Le bois de lit est apparent et mouluré, les dossiers sont rembourés et garnis d'étoffes. C'est ce type de lit qui s'est perpétué au XIXe siècle.

2 / Les meubles

 

Armoires

L’armoire en bois massif est de structure Louis XV, mais elle utilise des détails d'ornements propres à 'époque : cannelures, rangs de perle, grecques, etc. L'époque Louis XVI a créé des meubles nouveaux dont la structure est sensiblement la même que celle des armoires.

a) La vitrine(24) est une création de l'époque Louis XVI. C'est une petite armoire ou un bas d'armoire, d'ornementation très sobre où les vantaux pleins ont été remplacés par des vitrines.

b) La bibliothèque est souvent constituée par deux corps. La partie inférieure est munie de vantaux en plein bois, la partie supérieure est soit vitrée, soit grillagée de fils de laiton.

Commodes

a) La commode à trois tiroirs(25) reposant sur des pieds courts en griffes de lion, en toupie ou en gaine.
Les trois tiroirs sont quelquefois surmontés:
- soit d'un tiroir mince, logé immédiatement sous le plateau,
- soit de trois petits tiroirs côte à côte.
Une des innovations les plus caractéristiques de l’époque Louis XVI est la substitution aux mains fixes de bronze doré, de mains pendantes. On tire donc les tiroirs des commodes et des tables, soit par des mains rectangulaires d'une grande simplicité, soit par un anneau encadrant un motif cirulaire.
b) La commode à deux tiroirs sur pieds élevés qui restent jusqu'à 1780 de style Louis XV, c'est-à-dire à pieds de biche plus ou moins galbé. Ce type de commode comporte fréquemment un ressaut central qui divise le meuble en trois parties verticales. Ce ressaut est caractéristique du style.

c) Commodes à vantaux. Deux ou trois vantaux dissimulent soit des tablettes, soit des tiroirs.

d) La commode semi-circulaire(26)« demi-lune ». Elle possède deux tiroirs de façade. Sur le côté, de forme arrondie, sont logées des tablettes entourées de galeries de cuivre et recouvertes de marbre. C'est pourquoi ce type de commode a faussement été qualifié de desserte.

e) Encoignures : elles sont semblables aux commodes, mais elles sont de plan triangulaire étant destinées à être placées dans l'angle d'une pièce.

Tables :

Les tables à usages spéciaux sont tellement nombreuses que l'énumération ci-dessous est loin d'ètre complète :
a) Table à Manger : c'est l'innovation la plus interressante de l'époque. Elle est imitée du meuble anglais. Elle est en bois massif, le plus souvent extensible, le plus souvent de forme ronde ou ovale.
b) Table-Bureau : création de l'époque, elle est ronde, possède un dessus en marbre, entouré d'une galerie de cuivre. Sa ceinture abrite deux petits tiroirs et deux tablettes tirantes. Son piètement est constitué par quatre pieds en carquois. Elle est conçue pour un jeu de société dit «jeu de bouillote».
C) La jardinière ou table à fleurs (27) : elle est en forme de caisson rectangulaire doublé à l'intérieur d'un bas en tôle et soutenu par quatre pieds à l'antique. La tôle peinte représente le plus souvent un motif floral ou bien une plaque de porcelaine de Sèvres. Ce meuble nouveau inspiré par le culte de la nature mis à la mode par les philosophes tels Rousseau.
d) La Chiffonnière(28) , destinée à ranger le travail des dames, devient ronde.
e) La Tricoteuse est une chiffonnière dont le dessus est entouré d'un haut rebord pour contenir les pelotes de laine.
f) L'Athénienne est constituée par un trépied qui soutient une cassolette en bronze. Le piètement est le plus souvent en métal. L'usage de ce meuble n'est pas parfaitement déterminé. II sert tour à tour de vide-poche, de table à ouvrage, de console, de jardinière.
g) La Table à la Tronchin, réalisée pour la première fois en 1777, est une table pour malade. Deux plateaux reposent sur quatre pieds droits à crémaillère, ce qui permet de régler le niveau des tablettes à volonté. La désignation de ce meuble vient du nom d'un médecin charlatan de l'époque.

Bureaux :

a) Le bureau plat de l'époque Louis XV subsiste avec de légères modifications dans la facture des piétements qui deviennent droits, et de l'ornementation.
b) Le bureau à cylindre(29) est une innovation. Un volet semi-circulaire se rabat sur la tablette, Le piétement peut être constitué, soit de quatre pieds élevés, soit par une série de tiroirs des deux côtés de la personne assise, placés sur des pieds courts.
c) Le bureau ministre est un bureau plat muni d'un cartonnier, en général mobile et pourvu de deux séries de tiroirs des deux côtés de la personne assise.
d) Le secrétaire à abattants est semblable à celui de l'époque Louis XV. Sous Louis XVI, sa facture est très architecturale.
e) Le Bonheur du Jour(30) est un bureau de dame de petites dimensions. Une table porte en retrait un casier où l'on range ses livres et ses papiers. Le casier peut être constitué par de simples tablettes, II peut aussi être formé par des vantaux. II peut contenir des tiroirs. Le nom même de cette charmante création prouve l'engouement dont il a été l'objet sous le règne de Louis XVI.

 

>>> Retour au sommaire