Lieu d’accueil depuis toujours

De loin, la Bonne-Mère veille sur le sommeil des visiteurs. Mais, bien avant cela, elle a guetté pendant plus de cent cinquante ans la santé de centaines de milliers d’autres. L’hôtel-Dieu qui lui fait face, construit par le Marseillais Claude-Henri-Jacques d'Aggeville selon les plans de l'architecte du roi Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, a en effet accueilli les habitants de la Cité phocéenne depuis son ouverture en 1753 jusqu’en 2006, avant sa transformation en hôtel et logements en 2013. Une réhabilitation menée entre autres par Jean-Philippe Nuel  avec les fabricants Henryot & Cie, Petite Friture, Ligne RosetPhilippe Hurel et Rosello.

Un hôpital évolutif

L’hôpital a vu différentes interventions modifier son aspect au fil du temps, comme l’ajout d’escaliers signés Esprit-Joseph Brun (1781), ou la restructuration et l’extension de Félix Blanchet et François-Joseph Nolau (1866), qui lui donnèrent son aspect plus ou moins actuel, en prolongeant l'aile gauche de la cour, en érigeant les pavillons aux extrémités des deux ailes et en surélevant l'ensemble du bâtiment d'un étage, tout en dégageant les abords pour lui procurer air et lumière et améliorer son accessibilité. Jusqu'alors, on entrait en effet les étrangers et les malades sur des litières ou des chaises à porteurs…

Fonctionnement inversé

Plus d’un siècle plus tard, le défi pour transformer le lieu en établissement hôtelier (dont 85 logements) est aussi l’occasion de retisser le lien entre l’ex-enclos hospitalier et sa ville, avec une série de réaménagements urbains alentours. Pour adapter l’hôtel-Dieu à sa future vocation, il a aussi fallu inverser le schéma de fonctionnement originel : « Commandant jadis l’accès aux salles communes, les galeries se sont muées en de généreuses loggias privatives pour chacune des chambres, désormais distribuées par un couloir créé au nord », explique l’architecte Anthony Béchu.

Mise en scène

« À la place de la couverture des anciennes urgences, une vaste terrasse panoramique abrite le complexe de séminaires, une galerie d’exposition et l’administration, de part et d’autre du lobby central  », poursuit l’architecte. « La grande verrière zénithale qui l’éclaire met magistralement en scène, par contre-plongée, l’architecture héritée des siècles passés. Il en est de même des accès piétonniers et automobiles redessinés, de sorte à restituer toute sa noblesse à ce superbe patrimoine marseillais. »

Privilégier le dialogue

Se faisant face, le bar et la brasserie, prolongés par une terrasse avec vue sur le Vieux-Port et Notre-Dame-de-la-Garde, profitent d’une grande hauteur sous plafond, un changement d’échelle qui participe à la richesse du projet. L’Histoire y parle au travers de toiles du XVIIe siècle illustrant la baie de Marseille et par l’emploi du bleu pour les sièges, couleur traditionnelle de la ville.

Réinterprétation contemporaine

Dans les chambres, le rappel à la magie phocéenne et à la fonction originelle du site bat aussi son plein : certaines salle de bains s’ouvrent et se ferment par un jeu de persiennes, évoquant les façades typiques de la ville ; les baignoires en fonte émaillée sont une trace du passé qui dialogue avec la modernité des aménagements en bois ; les têtes de lit en cuir blanc évoquent les couchages anciens dans une réinterprétation contemporaine, comme le jeté de lit dont le motif brodé est inspiré de la tradition provençale. La Bonne-Mère a bien raison : le sommeil, c’est sacré.

Visite guidée !

Hôtel-Dieu Marseille façade © Eric Cuvilier

Poursuivez votre lecture