Bâtiment néoclassique

Passer de l’intimidation à la bienveillance : tel est le destin antithétique du palais de justice de Nantes, ancien lieu de jugement devenu aujourd’hui un hôtel 4* atypique. En 1842, le conseil général de Loire-Inférieure décide du regroupement du palais de justice, de la prison et de la gendarmerie, dans un quartier plus central de la cité. Les architectes locaux Saint-Félix Seheult et Joseph-Fleury Chenantais livrent dix ans plus tard un bâtiment néoclassique, dont la façade principale présente en son centre un majestueux fronton en saisie supporté de quatre double-colonnes.

Un programme qui répond à un manque

Jusqu’en 2000, les affaires s’y succèdent – dont le procès opposant Aristide Briand à Léon Daudet ou celui des insurgés de Cayenne –, avant que le personnel judiciaire quitte le palais pour s'installer dans l’édifice signé Jean Nouvel, sur l’île de Nantes. Quatre ans plus tard, le ministère de la Justice le restitue au conseil général de la Loire-Atlantique qui décide, suite à divers concours de marchés de définition, de le reconvertir en hôtel 4*, la ville manquant d'établissements de luxe. Le projet est en partie confié à Jean-Philippe Nuel, avec les fabricants Vitra, Ligne Roset, Mermet, iGuzzini, Artemide, Etnobel, Simmons et Le Deun Luminaires.

Recomposer l’atmosphère

Si la disposition générale se prête assez bien à la transformation – les façades qui s’ouvrent sur la place et le square attenant permettent d’éclairer facilement la plupart des chambres –, il est néanmoins impératif de recomposer l’atmosphère, afin de transformer ce bâtiment austère en un lieu accueillant et attirant, en synergie avec sa ville. L’accès est d’abord radicalement modifié avec la création d’un parvis mais aussi d’une faille de plain-pied au milieu de l’escalier monumental. Les demi-fenêtres initiales deviennent alors des baies vitrées accessibles depuis la rue, le mur derrière les colonnes en haut de l’escalier monumental disparaît, le tympan est supprimé.

Un chantier de cent soixante compagnons

Si le bâtiment n’est pas classé monument historique, le plan de réhabilitation est visé par la Conservation régionale des monuments historiques. Un soin particulier est donc apporté aux parties faisant l’objet d’une restauration et ce ne sont pas moins de cent soixante compagnons du devoir, couvreurs, charpentiers, maçons ou tailleurs de pierre, qui interviennent sur la toiture, la verrière et la façade.

Du mobilier qui structure l’espace

La métamorphose se fait aussi par les aménagements intérieurs : les chambres et leurs quarante configurations différentes possèdent chacune leur propre caractère et leurs atypiques fenêtres qui rappellent l’ancienne fonction des lieux. Dans la salle d’assises transformée en restaurant, les boiseries et le plafond sont retravaillés pour donner un aspect plus contemporain à l’ensemble. De vastes îlots, matérialisés par des ensembles de canapés colorés qui structurent l’espace, rythment, eux, l’ancienne salle des pas-perdus devenue accueil... et lieu de détente. Le destin ne fait décidément pas que des clins d’œil.