2020 est bel et bien une année perdue, ne serait-ce qu'en raison du recours nécessaire aux plans de relance et de soutien de plusieurs milliards de dollars pour éviter les faillites des entreprises et surtout des TPE-SME et ce malgré la très bonne gestion sanitaire. Oui, les marchés arabes du Golfe gèrent à leur manière cette situation historique qu’est la Covid-19 !

Cependant, tous les pays arabes du Golfe ne se ressemblent pas, et leurs économies ne sont pas si identiques – que nous soyons à Kuwait et Oman ou aux Emirats Arabes Unis, au Qatar voire en Arabie Saoudite. Pour les uns, c’est une économie relativement interne au sens peu liée au tourisme, et pour les autres un impact d’une rare violence avec des pertes nettes de millions de voyageurs à haute valeur ajoutée que sont les touristes d’affaires de Dubaï ou les pèlerins d’Arabie, avec des conséquences pour toute la chaine de valeur  : immobilier, salon professionnel, hôtellerie, restauration, aviation, transport, agro-alimentaire, agence de voyages, guides, événements sportifs, culturels, hospitality business…qui est estimée à plusieurs centaines de milliards de dollars de perte. Des contractions économiques de 2 à 7 % uniques dans l’histoire des marchés du Golfe de ces 40 dernières années.

Cette crise unique en son genre vient rappeler aux « pays rentiers » du pétrole que leurs économies respectives tiennent sur un « fil » et que les réformes vont devoir être réalisées plus rapidement que prévu : augmentation de la TVA afin de combler les pertes de revenus liées au pétrole, priorité aux emplois nationaux et surtout réduction du nombre d''expats' dans les administrations publiques qui doivent à terme être 100% occupés par des locaux. Mais attention, tous ces 'expats' ne sont pas simplement de la main d’œuvre pas chère, mais souvent des talents que ces pays ne possèdent pas ! Donc nécessaires à la gestion quotidienne du pays surtout pour le Qatar et les Emirats où les 'expats' représentent presque 90% de la population !

Proportion de travailleurs 'expat' dans les pays du GCC
30% Saudi Arabia sur 34 Millions d’Hts
40% Oman sur 4,8 Millions d’Hbts
50% Bahreïn sur 1,6 millions d’hbts
70% Kuwait sur 4,2 Millions d’Hbts
88% Emirats Arabes Unis sur 9,7 Millions d’Hbts
90% Qatar sur 2,7 millions d’Hbts

Arabie Saoudite : réouverture de la Mecque et relance de 50 milliards

L’Arabie Saoudite héberge les lieux saints de l’Islam que sont La Mecque et Médine, ville du Prophète Mohammad, qui attirent chaque année plus de 10 Millions de pèlerins du monde entier et bien sûr des revenus pour le Royaume de l’ordre de 12 Milliards de Dollars. 

Après sept mois d’interruption, le dimanche 3 Octobre 2020, les premiers pèlerins ont pu marcher de nouveau autour de la Kaasba, le lieu le plus saint de l’islam situé au cœur de la Grande Mosquée de La Mecque. Ces 6 000 Saoudiens et résidents étrangers du Royaume sont de nouveau autorisés quotidiennement à effectuer le petit pèlerinage (Omra). Le port du masque est obligatoire et les fidèles doivent respecter la distanciation sociale. Les fidèles originaires de pays étrangers, sélectionnés par les autorités saoudiennes, ont été quant à eux autorisés à effectuer le petit pèlerinage à partir du 1er novembre. Tous les candidats devront au préalable s‘inscrire sur une application dédiée. Les pays d’origine des pèlerins étrangers seront sélectionnés par le ministère de la Santé sur la base de l’évolution de la pandémie de Covid-19. En Arabie Saoudite, plus de 330 000 cas ainsi que 4 850 décès liés au coronavirus ont été enregistrés.

Les priorités des autorités saoudiennes ont aussi changé, le programme Vision 2030 a été reporté pas uniquement à cause du COVID mais surtout à cause de la baisse drastique du prix du baril qui réduit considérablement les revenus du Royaume, et le coût des interventions militaires extérieures au Yémen, en Syrie et ailleurs…

Tous les secteurs économiques ont été impactés, avec des frontières fermées,  peu ou pas de visiteurs étrangers. Le business via visio-conférence a bien marché pour un temps mais la baisse de la demande interne liée aux 15 millions de visiteurs a impacté l’ensemble des secteurs dont la production agro-alimentaire, la distribution et l’hospitality business avec une perte de 64 000 emplois sur le 2ème trimestre, avec une augmentation des chômeurs saoudiens qui sont passés de 11,8% à 15,4%!

La Saudi Arabia Monetary Authority a mis en place un plan de soutien d’un montant de 50 Milliards de Saudi Rial (équivalent à 11,5 milliards d'Euro) afin de soutenir, via les banques, l’ensemble du secteur privé et continuer à apporter les besoins en financement des TPE-SME saoudiennes. Mais entre-temps, la TVA a été portée à 15% depuis le 1er juillet 2020, ce qui a eu un impact sur le business interne mais l’État a besoin d’argent frais ! (A noter qu’en 2018 la TVA a rapporté à l’État près de 9,3 Milliards de dollars et pour 2020 plus de 15 milliards de dollars).

L’économie saoudienne devrait selon le FMI se contracter à 6,8% d’ici la fin 2020, sauf retour des pèlerins qui atténuerait la contraction, pour un retour graduel à 2,8 sur 2021.

Projection du PIB d'Arabie Saoudite
+ 0,3 en 2019
–4,1 en2020
+ 2,8 en 2021
+ 3,1 en 2022

Les Emirats Arabes Unis attendent l’exposition universelle

TESS pour Targeted Economic Support Scheme : cet outil bâti sur mesure par la Banque centrale des Emirats en Avril 2020 pour soutenir l’économie du secteur privé sur l’ensemble des Emirats Arabes Unis doit durer jusqu’au 31 décembre 2020. Le package financier pour stimuler l’économie est de 256 Milliards de Dirham soit 60 Milliards d'Euro auquel est venu s’ajouter un complément de 100 milliards de DHS soit 23 milliards d’Euro en plus ! Suffira-t-il pour soutenir l’ensemble des 7 Emirats auprès des banques qui soutiendront le secteur privé dans leur financement à 0% et garder l’économie à flot ? Le gouvernement Fédéral d’Abu Dhabi et de Dubai ont eux aussi apporté un complément de 16 Milliards de Dhs soit 3,7 milliards d’Euro afin de soutenir le secteur privé, la baisse des coûts des frais des permis de travail, des charges des entreprises vis à vis des frais administratifs…

Abu Dhabi ayant 80% des ressources énergétique (Pétrole & Gaz), Dubai est l’émirat qui a le plus à perdre et qui perd actuellement le plus ! Les pertes qui se chiffrent en milliards d’Euro, n’ont jamais été aussi importantes hormis celles de 2008 suite à la crise financière. Dubai la ville monde se retrouve mise à terre par un simple virus !

Dubaï la ville aux 16 millions de visiteurs, Dubai la ville qui devait ouvrir l’exposition universelle le 15 Octobre 2020 (reportée à Octobre 2021), attirer 10 à 12 millions de visiteurs supplémentaires soit 25 à 27 millions sur l’année 2020-2021, et ainsi contribuer à hauteur de 33 milliards de dollars à l’économie des Emirats Arabes Unis ; Dubai la ville monde qui aujourd’hui se vide de ses talents. Pour exemple, Emirates Airline qui vient de licencier plus de 30% de son personnel, une industrie aéronautique aux Emirats qui rapporte plus de 5,3 Milliards de dollars avec plus de 23,8 millions de passagers.

Depuis Mars 2020, aucun salon professionnel, hôtels vides, restaurants fermés, des producteurs agro-alimentaires qui avaient investi dans des extensions industrielles se retrouvent à licencier du personnel, réseau de distribution en berne… Le luxe avec des couverts en plastique ce n’est plus du luxe !

Même avec l’Iran, la position des Emirats Arabes Unis a fait de Dubai une capitale pour les Iraniens mais celle-ci a perdu presque tous ses commerçants passant de 400 000 Iraniens en 2011 à seulement 70 000 aujourd’hui !

Mais soyons optimiste : Dubai est une ville monde moderne et avant tout en avance sur son temps.

Dubai s'est ouverte au monde dès juillet, avec la création d'un « timbre » sous l’appellation « Safe Travel », un label DUBAI ASSURED qui certifie toute la chaine de valeur que sont les hôtels, les restaurants, les parcs d’attractions… Avec le respect des normes sanitaires les plus exigeantes au monde, même si les salons professionnels ne sont pas encore de retour.

Hyperloop devrait relier Dubai à Abu Dhabi soit 160 km en 12 minutes, et 400 millions de dollars déjà investis (estimé à 5 milliards de dollars) dans ce projet porté par Sir Richard Bronson, l’un des principaux actionnaires avec DP World mais aussi la SNCF – Un projet à la hauteur de Dubai, l’hyperloop devrait transporter plus de 8500 passagers à une vitesse moyenne de 1000 Km/h d’ici 2023-24 si tout va bien !

Le CIEL hotel

L’immobilier n’est pas en reste, même si des dizaines de projets ont été mis à l’arrêt ou reportés, le « CIEL Hotel » du Groupe The First, aura le gratte-ciel avec un toit-terrasse la plus haute du monde à 365 mètres au 81ème étage. Le CIEL sera probablement le plus haut du monde pour 2023 ! Ahlan we Sahlan à Dubai !

L’ouverture et l’accord de reconnaissance avec Israël : Les Émirats arabes unis ne sont que la troisième nation arabe après l’Égypte et la Jordanie à établir officiellement des liens avec l’État d’Israël – Le Soudan devrait signer prochainement et la Mauritanie a gelé les liens en 2009. Le ministère israélien de l’Economie estime que la normalisation des relations pourrait faire passer les exportations vers les Émirats Arabes Unis de 300 à 500 millions de dollars par an, tandis que, selon Moody’s Investors Services, les investissements des Emirats en Israël pourraient atteindre 350 millions de dollars par an.

PIB des Emirats
3,3 en 2019
-6,6 en 2020
1,5 en 2021

Qatar : une contraction de l’économie à hauteur de 4,3% et un plan de relance de 23,5 milliards de dollars

Tous les événements sportifs sont réduits à néant jusqu’en 2022 avec l’arrivée de la Coupe du Monde ! La consommation tourne avec seulement la population locale soit 1,7 millions d’habitants (dont 90% d’étrangers, dont 60% à très faible revenu), alors qu’avec les croisières et les événements sportifs, il faudrait ajouter 1,8 millions de plus.

Le Qatar est une destination liée aux événements de compétition sportive, Jeux Olympiques, Championnat du monde de moto, de hand-ball… Ils ont joué la carte du sport pour attirer les équipes, les fédérations, les championnats qui coûtent de plus en plus cher à réaliser et bien sûr avec tout cela les supporters qui représentent les retombées financières du pays hors gaz ! Le Qatar, 2ème producteur d’hydrocarbures du Golfe avec une production de 4,2 MTEP – 5ème producteur mondial de gaz naturel (4,5% de la production mondiale), et 1er exportateur de GNL.

D’après les dernières prévisions disponibles, en 2020, le déficit devrait s’établir entre 5 et 10 % du PIB (-8% par exemple pour Fitch pour un baril de 35 USD), en raison de la chute brutale des recettes budgétaires provenant des hydrocarbures. Le gouvernement Qatarie a lui aussi annoncé un plan de soutien à hauteur de 20 à 23,5 Milliards de dollars soit 11-15% du PIB, comprenant des injections de liquidités de la banque centrale, des suspensions de frais et des taxes par le gouvernement, des prêts et des garanties aux entreprises de la Qatar Development Bank et des investissements des entités gouvernementales.

L’activité pétrolière et gazière du Qatar a également été touchée cette année et pourrait baisser de 3,0% en raison d’une demande énergétique mondiale en berne. Le ralentissement du segment « hors-hydrocarbures » depuis le début de la crise pourrait se contracter selon le FMI à hauteur de -5,9% en 2020, mais l’impact de ses difficultés sur la croissance devrait être relativement contenu : l’économie qatarienne dépend en effet moins de la consommation des ménages, 22% du PIB au Qatar contre 38% en Arabie Saoudite, 39% aux Émirats ou 54% en France selon la Banque mondiale, mais Fitch table sur une progression de la dette Qatarie à 81% du PIB fin 2020. Avec en plus des prix à la consommation qui augmenteront en fonction de l’activité économique et de l’arrivée de la Coupe du monde, et il est possible que les autorités introduisent la TVA de 5% d’ici 2022 comme l’ensemble des pays arabes du Golfe.

La chute brutale des prix de l’énergie couplée à la baisse attendue des recettes fiscales sur les sociétés cette année devrait voir le solde budgétaire du Qatar se replier dans un déficit, égal à 6,2% du PIB, après deux années consécutives d’excédents.

Projection du PIB Qatar
-0,2 en 2019
-4,3 en 2020
+2,8 en 2021
+2 en 2022

Oman : La crise actuelle met en exergue les limites du modèle économique omanais

Avec un PIB d’environ 77 Milliards de dollars en 2019 et 4,6 millions d’habitants, dont 45 % d’expatriés principalement originaires du sous-continent indien, le Sultanat d’Oman figure dans la catégorie des pays à hauts revenus de la Banque mondiale (PIB par habitant de près de 16 500 USD).

Le développement de l’économie omanaise a reposé à l’origine quasi intégralement sur l’exploitation des hydrocarbures, secteur qui reste aujourd’hui au cœur du modèle de croissance. En 2019, le pétrole et le gaz représentaient ainsi 36% du PIB, 68% des exportations et 76% des recettes budgétaires, en dépit de la mise en œuvre d’un plan de diversification censé favoriser la croissance du secteur non-pétrolier, notamment privé, et créer de l’emploi pour les nationaux (« Omanisation »).

Le développement du tourisme haut de gamme entre en complémentarité à celui de Dubai souvent lié par 1 à 2 jours dans les packages, mais pas comme une destination à part entière.
Le prix d’équilibre budgétaire est l’un des plus élevés de la région à 87 USD le baril pour 2020 contre 26 USD au début des années 2000, résultat de la hausse continue des dépenses publiques, en partie liée à l’embauche de fonctionnaires. Le taux de chômage des jeunes est de l’ordre de 50 % demeure néanmoins particulièrement élevé selon la Banque Mondiale.

PIB Oman
0,4 – 2019
-4,9 – 2020
+3,7 – 2021
+ 3,4 – 2022

Kuwait : pas de plan spécifique post Covid

Aucun plan spécifique pour un programme de relance économique du gouvernement koweïtien pour faire face à l’impact de la pandémie COVID19 sur l’économie koweïtienne.

Avec 100 milliards de barils de pétrole en réserve (soit 9% du total mondial et représentant 100 ans de production), l’industrie du pays repose sur l’exploitation pétrolière. Le secteur pétrolier représente 48,4 % du PIB et plus de 90% des exportations du pays. D’ici à 2030, le Koweït prévoit d’investir plus de 87 milliards USD dans le secteur pétrolier, notamment dans la création de nouvelles raffineries de pétrole. Selon le FMI, le Koweït a le 7ème PIB par habitant au monde, cependant, la majeure partie de cette richesse est concentrée entre les mains des citoyens koweitiens, tandis que la majorité des travailleurs (en particulier d’Asie) vivent avec des revenus à bas salaires.

Dans l’ensemble, le secteur industriel contribue pour plus de la moitié du PIB (59,6%) et emploie 25,4% de la main-d’œuvre totale. Le secteur des services représente environ 51,1% du PIB et emploie 72,4% de la population active. Les sous-secteurs les plus importants sont principalement l’immobilier et les services financiers, qui se sont récemment remis de la crise financière mondiale.

Le taux de chômage est quasi inexistant, il est estimé autour de 1,5% et devrait rester stable dans les années à venir. Les finances publiques du Koweït sont relativement saines, avec un ratio dette / PIB de 15,2%, à peine supérieur à 14,7% un an plus tôt. Cependant, les dépenses publiques devraient augmenter dans les années à venir dans le cadre de plans visant à stimuler le crédit, l’emploi et les salaires des jeunes diplômés koweitiens.